« Que de temps perdu » : la très lente transition écologique du nautisme
À La Teste, Virgile Lauga (E-marine) promeut depuis 20 ans la navigation électrique et partagée. © Crédit photo : Thierry David/SO
Alors que s’ouvre ce vendredi 18 avril le salon nautique d’Arcachon, le secteur tente toujours de faire sa transition écologique. Un pari qu’a pourtant fait, il y a déjà 20 ans, Virgile Lauga, à La Teste-de-Buch
Le nautisme peut-il devenir propre ? Se décarboner et lui aussi regarder vers un avenir sans pétrole ? Alors que s’ouvre ce vendredi la dixième édition du salon nautique d’Arcachon, le stand dévolu à l’innovation se développe. Sans toutefois rivaliser avec ce qui demeure le cœur économique du secteur, basé sur le régime essence.
Entre changement des mentalités et poids lourd des lobbies, le pari n’est pas gagné. Pourtant, d’aucuns y croient. C’est le cas de Virgile Lauga et de sa société E-Marine installée sur le port ostréicole de La Teste-de-Buch.

« Hé ! T’as pas oublié ta rallonge ? Tu penses pouvoir atteindre le bout du chenal ? Voilà ce que j’entendais »

Dans son atelier de refit, E-Marine transforme les moteurs thermiques en électriques.
Après avoir travaillé pour le tramway bordelais puis celui de Nice et développé les bus électriques d’Arcachon, Virgile Lauga transposait dès 2003 l’électrique du terrestre au maritime. En 2007, dans le paysage conservateur du bassin d’Arcachon, il faisait figure de précurseur en présentant son premier bateau : une tillole, l’embarcation traditionnelle du cru qu’il baptisait « La Silencieuse » subissant dans son sillage de nombreux quolibets. « Hé ! T’as pas oublié ta rallonge ? Tu penses pouvoir atteindre le bout du chenal ? Voilà ce que j’entendais », se souvient-il.

Les premières sorties de « La Silencieuse » suscitèrent des moqueries.
Didactique, Virgile Lauga répond aux sceptiques et constitue patiemment sa flottille. Deux tilloles, une pinasse, une plate et prochainement un nouveau bateau : toutes ses embarcations sont mises au service d’un tourisme durable via l’association Bionav qui propose de les mutualiser. « Pourquoi acheter du neuf ? La copropriété libère des places d’amarrage. »

En adaptant des moteurs thermiques à l’électrique, E-Marine minimise aussi les coûts.
En juillet 2024, E-Marine inaugurait le premier chantier de « refit » (reconstruction). Elle équipe aujourd’hui un bateau traditionnel de pêche. « Nous avons gardé le moteur et les vérins, sorti l’embase mécanique et minimisé le coût de la sobriété. Les batteries ont été installées dans le réservoir à essence : ce bateau vivra la même vie en électrique. »
« Les premiers bateaux électriques datent du XIXe siècle… Que de temps perdu »

La recyclerie d’E-Marine se trouve sur le port ostréicole de La Teste.
Pour Virgile Lauga, la question technique ne justifie pas le frein au développement de la navigation propre. « Les premiers bateaux électriques datent du XIXe siècle, rappelle-t-il. Dès les années 1880, les taxis et les tramways étaient électriques… Que de temps perdu. »
Pourquoi ? Essentiellement pour des raisons économiques. « On a longtemps diabolisé l’électrique, prétextant qu’on tomberait en panne et présenté l’hybridation comme un pis-aller. Ce qui a amené beaucoup de ‘‘greenwashing’’ et nous a porté préjudice. » Ces dernières années, de nombreuses start-up ont fleuri jouant la carte de l’hybridation. Un pari qui s’est pourtant révélé gagnant pour BlueNav.
Thermique, électrique et hydrogène ?
Créée en 2020 à Arcachon, cette entreprise associe un moteur électrique au moteur thermique déjà existant. Lauréate du prix de l’innovation du salon nautique 2021 de Paris, BlueNav a, l’année suivante, réalisé une importante levée de fonds. À sa tête, Xavier Lachérade développe à présent la partie logiciel, proposant une ancre virtuelle et un autopilote afin de rendre la navigation électrique plus efficace.
De son côté, le navigateur Yves Parlier continue de promotionner ses ailes de kite pour tracter les bateaux, visant à appliquer son modèle à la polluante marine marchande. Sa société Beyond The Sea a été créée en 2012. Il y a déjà treize ans déjà…
« Il faut être patient et surtout faire en fonction du besoin. Y répondre par le thermique ou l’électrique et demain l’hydrogène »
« Il faut être patient et surtout faire en fonction du besoin. Y répondre par le thermique ou l’électrique et demain l’hydrogène », estime Virgile Lauga.
Idée du luxe
De son côté, Germain Stoldick, le directeur du port d’Arcachon rappelle que la technologie idoine se développe moins vite dans le nautisme que dans l’automobile. L’un relève d’un « produit de première nécessité », l’autre reste attaché à une certaine idée du luxe. Un chiffre demeure parlant : sur les plus de 2 000 bateaux amarrés à Arcachon, seuls 20 sont électriques.